Le porc dans l’égypte Antique.

Que symbolisait le Porc à Kémèt ( Égypte Antique ) ? Mangeait-on la viande de cet animal dans la Vallée du Nil ? Existait-il cette interdiction de consommation que l’on trouve par exemple chez les Sémites ?


Avant d’analyser le cas de Kémèt, jetons un coup d’œil rapide en dehors de l’Afrique :

Presque universellement, le porc symbolise la goinfrerie, la voracité, il dévore et engouffre tout ce qui se présente. Dans beaucoup de mythes, c’est le rôle de gouffre qui lui est attribué. Le porc est très généralement le symbole des tendances obscures, sous toutes leurs formes de l’ignorance, de la gourmandise, de la luxure et de l’égoïsme. Car, écrit Clément d’Alexandrie citant Héraclite : « Le porc prend son plaisir dans la fange et le fumier. » ( Stromate, 2 ).

C’est la raison d’ordre spirituel de l’interdiction de la viande de porc, notamment dans l’Islam. L’usage de telles viandes, note encore Clément, « est réservé à ceux qui vivent sensuellement. »

Le porc figuré au centre de la Roue de l’Existence tibétaine a la même signification ; il évoque plus particulièrement l’ignorance.

On ne saurait oublier, à ce sujet, la parabole évangélique « des perles jetées aux pourceaux », images des vérités spirituelles inconsidérément révélées à ceux qui ne sont ni dignes de les recevoir, ni[page]

capables de les saisir. Dans la tradition chrétienne, le sanglier symbolise le démon, soit qu’on le rapproche du cochon, goinfre et lubrique ; soit que l’on considère son impétuosité, qui rappelle la fougue des passions ; soit encore que l’on évoque son passage dévastateur dans les champs, les vergers et les vignobles. L’iconographie chrétienne représente souvent l’exorcisme opéré par Jésus, qui fit sortir les démons des possédés, sous la forme d’un troupeau de deux mille porcs qui se précipitèrent aussitôt dans la mer. Chez les Chrétien d’autrefois, le porc est aussi le symbole du Judaïsme ( La Synagogue est souvent figurée en train de chevaucher un porc ).

Dans les légendes grecques, Circé la magicienne avait coutume de métamorphoser en porcs les hommes qui l’importunaient de leur amour. D’autres fois, elle touchait ses invités d’une baguette magique et les transformait en vils animaux, porcs, chiens, etc…, chacun conformément aux tendances profondes de son caractère et de sa nature ( Grid, 94 ).

Le Dieu égyptien Seth est rapproché de Typhon par Plutarque et du Baal palestinien ; identifié au principe du mal, souvent représenté par un porc noir dévorant la lune, où l’âme de son frère, Osiris le bienfaiteur ( Le Grand Noir = Kem Our ), s’est réfugiée. C’est le démon de la mythologie égyptienne, adoré par les uns, honni par les autres, redouté par tous, une puissance pervertie. Personnage du conflit cosmique et moral entre le bien et le mal, il symbolise les forces primitives détournées de leur[page]

but et malfaisantes ( c’est en prenant l’apparence d’un sanglier noir que Seth combattit contre Horus et lui infligea une terrible blessure à l’œil ). Aussi, le porc est d’ordinaire rangé parmi les acolytes de Seth ( l’assassin d’Osiris ).

Chez les Égyptiens anciens, malgré certains interdits qui pesaient sur les porcs et les porchers, Nout, déesse du ciel et mère éternelle des astres, figurait sur des amulettes sous les traits d’une truie allaitant sa portée ( la truie était considérée plus positivement car elle manifestait la fécondité et la fertilité, une source intarissable de nouvelle naissance ).

Si le Porc était associé à l’image de Seth et si le bœuf est l’animal préféré des Égyptiens anciens
( propre à la consommation et très utile pour les travaux agricoles ), il est erroné de penser qu’il y avait un tabou absolu sur la consommation du porc. Si la viande de porc ne semble pas être utilisée dans les offrandes religieuses et funéraires ( sauf à l’époque ptolémaïque, dans les temples en l’honneur d’Arsinoé II ), elle est, par contre, consommée par les habitants de Kémèt ( Preuves archéologiques, par exemple les os trouvés dans les dépotoirs ).

Nous pouvons même dire que le porc était largement consommé. Il est attesté en Égypte depuis l’époque préhistorique ( par exemple, de nombreux restes d’os de cet animal ont été trouvés à Mérimdé, à l’ouest du Delta ). Les porcs sont présents sous forme de palette à fards. Nous avons aussi des porcs-amulettes. Nous trouvons aussi le porc dans les bas-reliefs ( par exemple les tombes de Paherià El Kab[page]

et d’Amenemhat à Thèbes ). Son apparence est plus proche du sanglier que du porc que nous connaissons. Le père de l’Histoire ( pour les Européens ), le fameux Hérodote, confirme la présence du porc ( Histoires, livre II, 14 ).

Nous savons aussi, que certaines parties du porc entraient dans la composition de remèdes médicaux renommés, notamment la graisse, les dents et les matières fécales !

Citons l’Archéologue Jacques Vandier :
« Le porc, chaï en égyptien, n’est jamais représenté dans les scènes de l’Ancien Empire, mais il est connu, dès la préhistoire, par les ossements et même par des représentations. Peut-être s’agissait-il, à cette époque, du sanglier, et il est possible que les Égyptiens n’en aient pas encore pratiqué l’élevage. Cependant, dès le début de l’Ancien Empire, dans l’inscription biographique de Méthen, on trouve le mot âout ( = petits troupeaux ), déterminé par deux animaux, un âne et, autant qu’on puisse dire, un porc, ce qui semble indiquer que le porc, à cette époque, était déjà domestiqué. La plus ancienne mention du porc est, à notre connaissance, celle qui se trouve dans les Admonitions, et la plus ancienne représentation, celle de Béni Hasan… »

Conclusion :

Le porc était un animal familier des anciens égyptiens… A notre connaissance, il n’est jamais inclus dans les listes d’offrandes Néanmoins, contrairement à ce que l’on aurait pu imaginer, il entrait normalement dans l’alimentation au même titre que les autres viandes, surtout dans les couches populaires. Car la viande de bœuf est mangée particulièrement par les gens de couches aisées et elle reste un mets occasionnel pour l’immense majorité de la population ( qui se nourrit de viande de chèvre, de mouton et surtout de porc ).

A l’origine de cette disgrâce, une raison religieuse qui interdit aux prêtres de manger le porc. En effet, le porc égyptien ( plus proche du sanglier ) était l’animal sacré du dieu Seth. Le porc fut l’un des adversaires d’Horus et d’Osiris. Pour résumer, disons : « Du bœuf pour les riches, du porc pour les pauvres. »

Notes complémentaires :

Le Livre de ‘ Sortie vers la Lumière du Jour ‘ ( Livre des Morts ) raconte que Seth, l’ennemi implacable d’Osiris, dissimulé sous la forme d’un sanglier noir, attaque, le quinzième jour du mois, l’astre chargé d’âmes et les extermine. Horus, le fils d’Osiris, saisit l’Exterminateur et lui coupe le cou.[page]

D’après une autre tradition, figurant dans les Textes des Pyramides, Horus, lors de la Passion d’Osiris, capture les partisans de Seth et les dépèce.

A la période préhistorique, au IVe millénaire avant notre ère, les Égyptiens anciens sacrifiaient le porc. Cet animal personnifiait Seth le Méchant et le Dieu mort, Osiris, devait ressusciter. Pour le faire, il fallait, dans la conception primitive, sacrifier un animal. L’holocauste de l’animal symbolise l’annihilation de l’ennemi du Dieu et le transfert de la vie de cet animal à Osiris pour le rendre à la vie.

Remarquons qu’aux Antilles, le Porc est tué pour les fêtes de Noël. Or, il se trouve que le Noël chrétien, fixé le 25 décembre au cours du IVe siècle, remplace la fête de la naissance de Horus, célébrée à Alexandrie à la même date, le 25 décembre ( 29 Khoiak ), fête que cite le décret de Kanope promulgué par Ptolémée III Évergète l’an 238 av. J.C. Les Antillais, sans le savoir, perpétuent une coutume née dans la Vallée du Nil.

Seth fut associé à d’autres animaux. L’animal de Seth par excellence est l’âne sauvage.

Bibliographie :

‘ Dictionnaire des Symboles ‘, Ed. Seghers.
‘ Encyclopédie des Symboles ‘, La Pochothèque.
‘ Dictionnaire de Mythologie et de Symbolique égyptienne ‘.
‘ Recherches comparées sur le Christianisme primitif et l’Islam premier ‘, S.A. Al-Assiouty, Ed. Letouzey & Ané.
‘ Manuel d’Archéologie Égyptienne ‘, J. Vandier.
‘ Pain, bière et toutes bonnes choses… ‘, M. Peters-Destéract, Ed. Du Rocher.
‘ Des animaux et des hommes ‘, F. Dunand et R. Lichtenberg, Ed. Du Rocher.
‘ La Vie des Égyptiens au temps des Pharaons ‘, Larousse.
‘ Vivre en Égypte au temps de Pharaon ‘, Aude Gros de Beler, Ed. Errance.