Référendum aux Antilles : fiasco pour le ' Oui '.

Raz-de-marée en Martinique et en Guyane contre le changement de statut. Appelés à se prononcer dimanche sur un remplacement de l'article 73 de la Constitution régissant leur département par un article 74 synonyme d'autonomie élargie, les Guyanais ont voté " non " à 69,80%, et les Martiniquais à 79,31%, selon les chiffres officiels des préfectures.

Le taux de participation a été de 48,16% en Guyane et de 55,32% en Martinique, selon les estimations disponibles, selon les préfectures. Les électeurs étaient invités à répondre à la question :

" Approuvez-vous la transformation de la Martinique/de la Guyane en une collectivité d'outre-mer régie par l'article 74 de la Constitution dotée d'une organisation particulière qui tient compte de ses intérêts propres au sein de la République ? ".

L'article 73 est en vigueur depuis 64 ans. Après ce véritable raz-de-marée pour le " non ", les électeurs martiniquais et guyanais devront à nouveau voter le dimanche 24 janvier et se prononcer sur la création d'une collectivité et d'une assemblée uniques en lieu et place du département et de la région. Cette réorganisation ne remet pas en cause l'article 73.

Dans l'hypothèse d'une réponse positive, le président de la République Nicolas Sarkozy pourra alors définir, via une loi organique ( loi qui complète la Constitution et précise l'organisation des pouvoirs publics ), quelles seront les compétences dévolues aux élus locaux. Dans un communiqué publié une fois les résultats connus, l'Elysée a d'ailleurs " pris acte de la réponse négative claire que les électeurs ont apportée à la question posée ". " Ce choix traduit l'attachement des Guyanais et des Martiniquais à un statut qui soit proche de celui des collectivités de Métropole, réaffirmant ainsi le lien étroit qui les unit à la République ", se félicite le chef de l'Etat.

A la Martinique, cette victoire du " non " est vécue comme un désaveu du personnel politique en place, de ceux-là même qui, à la tête du Conseil régional et du Conseil général, avaient demandé ce changement de statut lors d'un Congrès en décembre 2008. Pour Alfred Marie-Jeanne, le président indépendantiste du Conseil régional, " le peuple rejette ce qu'il aurait dû adopter ". Dans un communiqué, M. Marie-Jeanne a attribué cet échec au " salaire de la peur qui a été distillé de manière insidieuse et perfide " durant la campagne. 

" Ce soir, l'unique perdant de la consultation, c'est la Martinique. C'est un manque à gagner non-négligeable dans la défense de la prise en compte de nos intérêts propres. En matière de développement, d'emploi, d'éducation, il nous manquera encore beaucoup de choses ", a-t-il déploré.

A 73 ans, celui qui avait mis son siège en jeu pourrait se retirer de la vie politique locale, même s'il a

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refusé de s'exprimer à ce sujet, réservant sa réponse dans les prochains jours. Dans la même logique, Claude Lise, président du Conseil général, président du Rassemblement démocratique martiniquais, apparenté socialiste, a regretté " une campagne beaucoup trop courte et arrivée à une mauvaise période ", tout en " s'inclinant devant le choix du peuple ".

Pour lui, " la Martinique et la Guyane ont manqué un rendez-vous avec leur histoire et sont passées à côté d'une réforme qui aurait pu leur permettre de mieux appréhender leur avenir ". Pour la droite martiniquaise, opposée au changement de statut institutionnel, le vote d'hier est un choix " sage " de la population. Alfred Almont, député UMP, a estimé que les Martiniquais avaient fait preuve de " bon sens " en refusant " une évolution statutaire sans véritable garantie sur le contenu de la loi organique qui serait proposée après ". Un sentiment que partage aussi Serge Letchimy, le député-maire de Fort-de-France et président du Parti progressiste martiniquais, le parti fondé par Aimé Césaire en 1958 et militant historique de l'autonomie.

Le P.P.M. avait appelé à voter non, estimant que le changement de statut n'était pas la solution adéquate pour sortir de la crise ni la bonne méthode pour accéder à plus d'autonomie. Il propose une " troisième voie " qui consiste à faire une première consultation pour mettre en place une collectivité unique dans le cadre de l'article 73 avec une période d'expérimentation et une habilitation pour adapter les lois pendant six ans.

Serge Letchimy a estimé que le peuple martiniquais " méritait mieux " que ce qui était proposé : " plus de respect, plus de transparence, plus d'ambition pour sortir ce pays de son marasme économique et social ". Appelant à voter " oui " le 24 janvier, il a exhorté à poursuivre " la bataille pour le changement (...) en allant vers des choix partagés, cohérents et négociés en vue d'un espace de responsabilité conforme aux attentes du peuple martiniquais ".
( Source, Nouvel Obs, AP, 11/01/2010 )

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