Les " excuses " de l'Italie à la Libye, son ancienne colonie.

" Il est de mon devoir, en tant que chef du gouvernement, de vous exprimer, au nom du peuple italien, notre regret et nos excuses pour les blessures profondes que nous vous avons causées ", a dit le président du Conseil. " Il s'agit d'un moment historique durant lequel des hommes courageux attestent de la défaite du colonialisme ", a déclaré de son côté Mouammar Kadhafi en levant la main en signe de victoire.

Les historiens estiment à 20 000 le nombre de Libyens tués par l'Italie pour fait de résistance et à 100 000 celui des déportés, notamment dans le désert de Syrte où périrent 40 000 d'entre eux du fait des épidémies et des exécutions.
Les excuses de l'Italie s'accompagnent d'un accord d'amitié et de coopération ( préparé par les gouvernements précédents, dont celui de Romano Prodi ) par lequel l'ancienne puissance coloniale s'engage à verser à la Libye 5 milliards de dollars ( 3,4 milliards d'euros ) sur les vingt-cinq prochaines années au titre de dédommagements.

Ces investissements porteront sur des projets d'infrastructure, notamment la construction d'une autoroute côtière de la frontière tunisienne à la frontière égyptienne, et d'un " très grand nombre " de logements.
L'accord entre le président du conseil italien et le Guide de la révolution libyenne a été signé dans le lieu symbolique de la colonisation, à savoir le jardin d'un ancien palais du gouverneur italien de Benghazi.

M. Berlusconi avait auparavant salué le fils du héros de la résistance libyenne contre l'occupant italien, Omar Mokhtar, fusillé sur ordre de Mussolini.

Par ailleurs, l'Italie a rapatrié à Benghazi la Vénus de Cyrène. Cette splendide statue sans tête du IIe siècle après J.-C., découverte en 1913 par des archéologues italiens en Libye et exposée depuis à Rome, a fait le voyage dans l'avion du président du conseil.
En Algérie, plusieurs journaux ont souligné, dimanche, que les " excuses " italiennes tranchaient avec la position française à l'égard de son ancienne colonie.

Nicolas Sarkozy, lui, " ne veut pas entendre parler " de repentance, a rappelé le quotidien '
L'Expression '.

1) ' Coopération Anti-Immigration '

Au-delà des symboles et de la réconciliation, Mr Berlusconi est venu chercher en Libye une coopération efficace contre l'immigration clandestine. Tripoli, qui s'y refusait jusqu'alors, a accepté des patrouilles conjointes en Méditerranée ainsi que la surveillance par satellite de la frontière sud, par laquelle entrent

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de nombreux migrants africains. Mr Berlusconi espère également que la Libye lui fournira " davantage " de gaz et de pétrole. " Il est de meilleure qualité ", a-t-il déclaré sans faire mystère de l'arrière-plan commercial de l'accord d'amitié.

Depuis le 7 octobre 1970, et le " jour de la vengeance " lorsque les derniers Italiens furent chassés de Libye, les gouvernements italiens cherchaient à aplanir les contentieux avec l'ancienne colonie. Avec des succès divers.
En février 2006, Roberto Calderoli, ministre de la Ligue du Nord, avait provoqué une émeute anti-italienne à Benghazi en arborant un T-shirt illustré d'une caricature de Mahomet. Onze manifestants avaient été tués.

Rome et Tripoli s'apprêtaient, samedi 30 août, à solder les comptes de plus trente ans de colonisation italienne en Libye. Selon un accord historique qui doit être signé dans la soirée par Silvio Berlusconi et Mouammar Kadhafi, l'Italie va verser à la partie libyenne cinq milliards de dollars ( 3,4 milliards d'euros ) sur les vingt-cinq prochaines années, une forme de dédommagement pour la période coloniale, qui dura de 1911 à 1942. " L'accord portera sur un montant de 200 millions de dollars ( 136 millions d'euros ) par an durant les 25 prochaines années sous forme d'investissements dans des projets d'infrastructure en Libye ", a indiqué le chef du gouvernement italien à son arrivée à Benghazi, dans l'est libyen. " L'accord doit mettre fin à 40 ans de désaccord. C'est une reconnaissance concrète et morale des dommages infligés à la Libye par l'Italie pendant la période coloniale. "

2) Lutte Contre L'émigration Clandestine

M. Berlusconi a précisé que parmi les projets qui seront financés par son pays figurait la construction d'une autoroute traversant la Libye d'ouest en est, de la Tunisie à l'Egypte. L'accord prévoit également la construction " d'un très grand nombre " de logements, l'installation d'entreprises italiennes en Libye, des bourses à des étudiants libyens en Italie et des pensions pour des mutilés victimes de mines anti-personnel posées par l'Italie pendant la période coloniale, a dit Mr Berlusconi.

Il prévoit aussi une coopération dans la lutte contre l'émigration clandestine, qualifiée par Mr Berlusconi " de lutte contre les commerçants de l'esclavage ". Mr Berlusconi avait été précédé à Benghazi par l'arrivée par avion militaire de la Vénus de Cyrène, magnifique statue sans tête du IIe siècle après J.C. découverte en 1913 par des archéologues italiens sur le sol libyen. Le chef du gouvernement italien doit la restituer, conformément à une décision de la justice italienne. Transportée dans une caisse en bois, la pièce a été accueillie par des youyous et des applaudissements à l'aéroport Benina de Banghazi. Le ministre des affaires étrangères libyen Abdelrahman Chalgham a estimé qu'avec sa restitution " la Libye récupère son identité et une partie de son histoire ".

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La visite de Mr Berlusconi en Libye, qui devrait durer moins de douze heures, coïncide avec les festivités marquant le 39e anniversaire de la révolution libyenne, le 1er septembre 1969, qui a porté au pouvoir le colonel Kadhafi.
( Source : ' Le Monde ', 01/09/08 )

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