La Libye et les apprentis sorciers.

La France a admis cette semaine avoir parachuté en sol libyen une quarantaine de tonnes d'armes dites « légères », lance-roquettes, fusils d'assaut, mitrailleuses et missiles antichars.
Un geste dénoncé par Londres et d'autres alliés, car l'ONU n'a autorisé que des frappes aériennes destinées à prévenir les représailles du régime contre les insurgés.

Or, armer ces derniers, ce n'est pas les protéger, c'est les encourager à poursuivre la guerre civile insensée qu'ils ont déclenchée en prenant les armes contre un régime en place depuis 40 ans. Quand, à l'instigation d'un Nicolas Sarkozy impulsif et mal informé en quête d'un coup d'éclat, la France a pris l'initiative de l'attaque contre Kadhafi, c'était en croyant ( bien naïvement ) que le régime tomberait en quelques jours.

Trois mois plus tard, les insurgés, dont l'amateurisme n'est plus à démontrer, n'arrivent toujours pas à gagner du terrain. La population, en dehors de la zone rebelle, ne s'est pas massivement soulevée contre Kadhafi. Et ce dernier s'accroche, bien évidemment. N'est-il pas chez lui, après tout ? L'offensive s'est donc muée ces dernières semaines en une tentative continue d'assassinat politique, au mépris de l'objectif initial d'une mission que l'on prétendait « humanitaire ».
L'OTAN, en quête de l'homme à abattre, a bombardé des complexes résidentiels de Tripoli dont rien ne prouve qu'ils abritaient des dispositifs militaires, tuant au passage le fils cadet de Kadhafi ( qui n'occupait aucune fonction importante au sein du régime ) et ses trois enfants.

L'alliance militaire contre le régime Kadhafi, fragile au départ, s'est complètement désagrégée. L'Allemagne et l'Italie restent sur leur quant-à-soi, les Norvégiens vont retirer leurs billes, la Russie dénonce la tournure des événements, les États-Unis assurent le service minimum, et les pays arabes qui avaient donné leur appui du bout des lèvres restent en dehors du coup même si la cible des opérations
( un pays arabe et musulman ! ) est dans leur propre cour. 

Il reste le bon petit Canada, qui poursuit bêtement, sans se poser de questions, sa participation à cette offensive qui a déjà fait son lot de ravages parmi les civils, et qui constitue une ingérence caractérisée dans une guerre civile qui, au départ, ne débordait nullement des frontières de la Libye.
Ce n'est plus le cas aujourd'hui. L'Occident a joué les apprentis sorciers en faisant exploser la poudrière d'une Libye fractionnée en clans tribaux, déstabilisant en même temps une région extrêmement vulnérable.

La Tunisie, le Tchad et le Niger voient refluer chez eux des milliers de réfugiés et de travailleurs chassés de Libye.
Et comme le rapportait Le Monde du 30 juin, l'implosion de la Libye dévastée par les frappes aériennes va accroître le danger terroriste. Des armes libyennes sont passées aux mains des terroristes d'AQMI
( Al-Qaïda au Maghreb islamiste ), un groupe qui opère dans le Sahel et multiplie depuis plusieurs années les attentats et les enlèvements d'Occidentaux.

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On savait que les insurgés de Benghazi comptent déjà en leur sein un nombre indéterminé de djihadistes, mais l'accroissement du potentiel militaire d'AQMI représente une menace encore plus grande pour la sécurité des pays de la zone subsaharienne et du pourtour méditerranéen ( dont la France ! ).

Sans compter que Kadhafi, pour se défendre contre l'OTAN, a armé les Touaregs... qui à leur tour pourraient suivre l'exemple des insurgés libyens et partir en guerre contre le pouvoir central au Mali et au Niger. Voilà le bilan désastreux d'une ingérence conçue dans l'ignorance et l'improvisation. ( voir aussi https://www.youtube.com/watch?v=CT462eXNglA )

( Source www.Cyberpresse.ca, 2 juillet 2011 )

Lysiane Gagnon

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