Les échanges commerciaux transafricains à l'époque impériale ( " pré-coloniale " ).

A la lumière de la documentation historique traitant de l'histoire pré-coloniale, il convient de rectifier un point de vue totalement erroné...


Il tient du fantasme colonial que l’Afrique pré-coloniale ne connaissait que le troc.

En effet, de nombreux documents et récits émanant des explorateurs étrangers, témoignent non seulement de l’existence de diverses places de marché, mais aussi de l’utilisation de pièces de monnaie.


Balance.


Mieux, nous découvrons à travers l’examen méthodique des documents, l’existence de rapports de parité or/monnaie ( comme au far west ) pour faciliter les transactions et même du commerce international ( avec l’Egypte, la Chine, l’Europe, etc... )

Ce premier récit repris par C. Coquery-Vidrovitch atteste par exemple, de l’existence d’un système monétaire africain :

« Pour peser l’or ils font des poids de cuivre (...) Ils ont de petites balances de cuivre (...) c’est à nous difficile de peser avec (...) mais entre eux savent si justement peser avec elles qu’il ne s’en faut de rien leurs poids vont de l’once au quart de peso, chaque peso valant ½ once, il faut 2 pesos pour 1 once ».

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Calebasse avec cauris.


Ainsi, ce témoignage Hollandais à propos des balances, nous dévoile l’existence d’un rapport or/monnaie au royaume de Guinée. [1]

A propos de l’existence de monnaies africaines, Olfa Dapper nous dévoile qu’en Côte d’or, dans la province d’Aboréa on frappait même des pièces de monnaie :

« Les Cacraves sont de petites pièces de monnaie de la grosseur d’une tête d’épingle, carrées et aplanies au marteau (...) Ils y mêlent du cuivre (...) L’or est l’unique monnaie du pays.

On le donne et on le prend au poids quand le paiement est considérable ; mais quand la somme est fort petite, on paye en cacraves (...) Les nègres font commerce entre eux. Ainsi ceux du Cap Verd, de Refrisco, de Porto d’ale, de Juala se viennent fournir à Tnda, à Tonbada et à Tankerval, de peaux, d’ivoire, de riz, d’habits de coton, de tabac, d’or et d’esclaves au milieu du printemps, il y a une foire à mansibaer derrière une montagne où viennent beaucoup de gens et où l’on amène des poulets, des boucs, des vaches, du sel, du coton, des nattes et presque de toutes les marchandises du pays, excepté des peaux.

On tient encore marché tous les lundis près de ce village dans une grande campagne (...) Il y a deux foires à Cassan (...) Les impôts sur les marchandises que les Acanistes ( Akan ) viennent acheter sur les terres du royaume de Fantin constituent une partie des revenus du roi ( ne serait-ce pas l’ancêtre de notre « octroi de mer » antillais ? )

(... ) les Acanistes sont de grand négociants (...) Ils fournissent bien les 2/3 de l’or que les Européens emportent de cette côte et vont revendre les marchandises qu’ils ont prises en échange de côté et d’autre, dans les quartiers des nègres qui sont éloignés de la mer (...)

Les nègres de Wanqui ont de l’or et savent faire de fort jolis habits dont ils trafiquent avec les
Acanistes ».

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Cour royale ashanti.


Couronne ashanti.


P. Mercier ajoute lui pour conforter le point de vue de Dapper que [2] :

« Les Yorubas se sont fait auprès des Haoussa (...) une grande réputation de commerçants. Partout cependant le commerce (...) est florissant (...) Partout les marchés sont grouillants avec parfois autant de vendeurs que d’acheteurs (...) C’est tous les quatre jours que se tient le grand marché, sur toutes les routes qui viennent des villages, un interminable défilé de gens (...) La tradition ( des marchés ) est ancienne (...) ils y avaient des transactions d’une ville à l’autre et même avec l’extérieur du pays
Yoruba ».

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On pourrait encore citer les commerçants de l’empire Ashanti qui utilisaient la poudre d’or, pesée avec une balance et des poids appelés poids d’or, comme monnaie d’échange.


Or ashanti.


Le Tarikh es Soudan et le Tarikh el-Fettach [3] nous livrent aussi des informations précieuses sur le commerce local et régional.

En fait, il existait une multitude de négociants et commerçants professionnels qui faisaient la richesse de Tombouctou ou de Djenné. Les pièces de métal ( de production locale, régional ou étrangère ), la poudre d’or, les cauris ( coquillages ) et le sel servaient de monnaie.

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Il existait des systèmes de parité, exemple : un peu moins de 500 cauris égalaient 1 mitkal de poudre d’or ( 4,6 g ). Ainsi, comme le stipule encore P. Mercier ( Cf. idem ) :

« Même autrefois, il ne s’agissait pas de troc mais d’un véritable commerce. En tout cas, depuis plusieurs siècles. La monnaie européenne n’a fait que prendre la place d’une monnaie plus ancienne, le cauri ( ces petits coquillages blancs ) ont été employés dans une grande partie de l’Afrique noire, dans certaines régions, ils ont eu, au début de la période coloniale, un cours par rapport au franc ou à
la livre ».


Or ashanti.


Une étude de l’histoire de l’Afrique et de ses échanges commerciaux ( marchés locaux, importations, exportations... ) est donc légitime, compte tenu de la documentation historique relativement riche sur cette question.

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Références bibliographiques :

[1] Cf. Description et récit historical du riche royaume d’or de Guinée ( vers 1600 ), cité par C. Coquery-Vidrovitch
[2] Cf. Civilisation du Bénin, Sté Continentale d’Editions Modernes, p. 161, Hollandais anonyme
[3] Ouvrages d’histoire sur l’Afrique précoloniale écrits par des auteurs Africain

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