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Crime oublié.

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Après avoir longtemps occulté ces pages peu glorieuses, la République commence à admettre que la traite des Noirs et l'esclavage font aussi partie de l'histoire de France. Une reconnaissance trop tardive qui entretient les blessures de la communauté noire. Et sert indirectement de prétexte aux dérapages antisémites d'un Dieudonné (sic).

Ils sont des dizaines dans la cour du Sénat à parler et parler encore, comme si les mots pouvaient retenir le temps. Que cette journée ne s'achève jamais, cette journée de la reconnaissance ! Noirs, bistres, roux ou bruns, enfants de tous les métissages...

Ils sont 300 Antillais et Guyanais dans ce palais du Luxembourg, qu'ils ne se décident pas à quitter. Ce 10 mai 2001, le Sénat vient d'adopter la loi Taubira. Les élus de la République proclament l'esclavage et la traite négrière « crimes contre l'humanité ». Des Antillais pleurent. Un texte solennel vient dire à la France que leurs ancêtres étaient des hommes, aimables dans leur martyre oublié. 10 mai 2001. Vingt ans après la victoire de Mitterrand. Un autre 10 mai libérateur... Mais celui-ci ne précipite pas le peuple place de la Bastille.

Il ne fait pas les gros titres des journaux. Seuls tressaillent les Antillais du Sénat et ceux qui les regardent, bouleversés. Christian Paul, jeune secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer, qui a accompagné la loi. La députée Christiane Taubira, son initiatrice.

Esclavage, « crime contre l'humanité ». Elle aurait voulu que les choses soient plus nettes encore. Accuser nommément les « puissances occidentales » coupables de la traite. Evoquer la question des
« réparations ». Ces saillies-là ont été limées. Trop compliquées. Trop brûlantes. Il n'empêche. La victoire est déjà belle. Un peu de vérité est dite.

Taubira, ci-devant indépendantiste guyanaise, n'a jamais été aussi française que ce jour-là, grâce à elle, la France peut regarder son histoire.

Car l'esclavage est aussi une histoire française. Belles familles de Nantes, Bordeaux, La Rochelle, belles fortunes nées de la traite, au temps où Lully faisait danser la cour, où Molière la faisait rire, où Colbert consolidait l'Etat, mais codifiait le statut de l'esclave dans le Code noir. La traite fut notre commerce. L'esclavage, notre économie. Histoire française. Sous la Révolution, l'abbé Grégoire, déjà émancipateur des juifs, et d'autres « amis des Noirs » arrachent l'abolition en 1794.

Huit ans après, Bonaparte, Premier consul, envoie sa soldatesque mater la Guadeloupe et rétablit l'esclavage. Bonaparte, auteur d'un crime contre l'humanité. « Une page peu glorieuse de notre
histoire », a dit Jacques Chirac en 1998...

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