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Esclavage, les ports français se souviennent.

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A La Rochelle, où la proportion de Noirs dans la population semble très inférieure, c'est l'ancien maire Michel Crépeau, radical de gauche, qui a pris assez tôt, dit-on aujourd'hui, l'initiative de mettre en lumière cet aspect du passé de la ville dans le musée du Nouveau Monde, un des plus visités.

Au Havre, où la pression commence seulement à monter, la mairie, dirigée par Antoine Rufenacht
( U.M.P. ), a préféré pour le moment s'intéresser à l'histoire de l'immigration qui va bientôt donner lieu à l'ouverture d'un musée à Paris ( voir « Les Echos week-end » du 27 janvier ). « Malaise mémoriel » Le bon équilibre n'est évidemment pas facile à trouver pour les maires entre une minorité « mal dans sa peau » et une majorité de la population qui, deux cents ans après, « au mieux s'en fout, au pire risque d'être agacée », comme le résume Tillinac avant d'ajouter, pour insister sur le nombre d'années et de générations qui nous séparent des évènements :

« si on me disait qu'un de mes ancêtres a été un grand gangster au XVIIIe siècle cela m'amuserait
plutôt ». Pour autant Tillinac ne nie pas du tout la nécessité de cette psychanalyse du passé. Il évoque, en particulier pour les Antillais, « une vraie difficulté de vivre » qui mérite qu'on fasse quelque chose. A Nantes, Octave Cestor lui fait écho en disant que sa motivation c'est d'« aider ses compatriotes à se libérer mentalement de cette oppression ».

Au Havre, Marc Migraine, conseilleur municipal U.D.F., arrive à la même intuition par d'autres voies. Lui organise le 11 mai ( la date est un hasard ) une conférence-débat sur le thème « Etre noir et français » qu'il a eu envie de monter après la crise des banlieues.
Il a le sentiment que le « public est le même, que les sujets se rejoignent et qu'une insuffisante réflexion sur l'histoire suscite les rancœurs ».

Si on est d'accord sur l'intérêt de faire quelque chose, reste à savoir quoi. S'agit-il d'informer sur un passé occulté ou de manifester une « repentance ». A force de repentances, la France vit dans un vrai
« malaise mémoriel », estime Tillinac.

Oui, mais si on s'en tient à la connaissance, que ne sait-on pas et qu'il faudrait encore fouiller ?

L'existence et le principe du « commerce triangulaire », beaucoup de Français en ont entendu parler à l'école. Pour ce qui concerne Bordeaux, Tillinac, dont la commission a, entre autres, passé en revue l'état des connaissances existantes, conteste l'idée qu'on ne saurait pas. A l'appui de sa thèse, on peut renvoyer au livre d'Eric Saugera qui fait référence. On y trouve, en annexe, la liste, exhaustive semble-t-il, de toutes les expéditions négrières bordelaises avec le nom du bateau, celui des armateurs et celui du capitaine !

Qui veut savoir peut savoir. Il n'en est sans doute pas de même dans des ports où l'armement pour la

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