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Esclavage, les ports français se souviennent.

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Aujourd'hui, dans les ports français qui bâtirent une partie de leur fortune sur la traite des esclaves, vivent des Noirs. A l'échelle nationale, ces communautés ont fini par obtenir du président de la République qu'on « honore le souvenir des esclaves et commémore l'abolition de l'esclavage » le 10 mai, pour la première fois cette année. Elles font aussi pression depuis plus ou moins longtemps et avec plus ou moins d'intensité sur les maires pour que les villes les plus directement concernées se penchent officiellement sur cette grosse tache qui marque leur histoire.
Logique.

Certains Antillais y sont particulièrement attentifs en tant que descendants d'esclaves.
Toujours logique.

« Certains Africains, eux, ne savent pas très bien s'ils ne sont pas descendants de négriers », précise Denis Tillinac. En effet, quand les navires européens arrivaient sur les côtes d'Afrique pour échanger leurs marchandises « de traite », étoffes, fusils anglais, alcools, métaux, quincaillerie, contre la cargaison humaine qu'ils iraient vendre aux Antilles ou à la Réunion avant de revenir en France chargés de sucre ou autres denrées tropicales, ils troquaient avec des « fournisseurs » locaux.

Le quatuor de la traite Si l'écrivain et éditeur Tillinac est savant sur ce thème, c'est parce qu'il doit remettre le 10 mai au maire de Bordeaux le rapport de la commission qui travaille sous sa présidence depuis plusieurs mois. Tillinac n'est pas bordelais, mais il a d'autres références. Il a été étudiant dans cette ville où il se faisait même traiter de « négrier » par un copain sénégalais, preuve que la mémoire n'a jamais été totalement enfouie.
Et puis il aime l'Afrique, c'est bien connu, et il aime Chirac « qui était député de son village, ami de son père ». Alors quand Hugues Martin, le successeur d'Alain Juppé à la mairie, a eu besoin d'une personnalité pour diriger cette commission, il a accepté.

Si l'on s'en tient aux quatre villes qui formèrent, d'après l'historien Eric Saugera, le « quatuor majeur de la traite française », c'est Nantes, premier port négrier et de loin, qui, logiquement, commença la première à fouiller son passé sous la pression d'une association dirigée par un Martiniquais, Octave Cestor, aujourd'hui adjoint au maire à l'occasion du passage de la ville à gauche en 1989.

Point fort symbolique : une exposition, « Les Anneaux de la mémoire », qui fut visitée par 400.000 personnes en 1994. La réaction fut plus tardive à Bordeaux, où pourtant la proportion de population noire est, dit-on, particulièrement importante aujourd'hui à cause notamment des relations privilégiées de la ville avec l'Afrique pendant toute la période coloniale.

Coup de semonce, les 3,7 % raflés au premier tour des dernières municipales par la liste de Karfa Diallo, Français originaire du Sénégal et activiste en chef de cette revendication mémorielle dans la ville.

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