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Aurélie Bayimbi, 17 ans, du Lycée Pernock-le-Lorrain : " Je réclame le soleil de la conscience "

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Aurélie Janice Bayimbi est une jeune lycéenne de la Martinique. Au mois de janvier elle a reçu le premier prix du 9ième concours lycéen sur les Droits de l'Homme. Sa plaidoirie est une formidable leçon aux adeptes des " bienfaits de la colonisation ".

Leçon à tous ceux qui veulent que les victimes de la traite transatlantique admirent leurs tortionnaires ; Leçon à tous ceux qui veulent culpabiliser la victime et absoudre le tortionnaire ; Leçon à tous ces scientifiques si prompts à détecter le " syndrome dit de Stockholm " chez les victimes de viols, de tortures, d'attentats ou de prises d'otage ; mais qui refusent aux descendants d'Africains déportés, violés, esclavagés, torturés, déshumanisés le droit de se reconstruire.

La plaidoirie d'Aurélie est aussi une preuve de notre incroyable capacité de résistance. De par son jeune age et ses origines ( 17 ans, père Africain, mère Martiniquaise ), c'est aussi un camouflet à tous ceux qui s'entêtent à diviser Africains et Antillais. La jeunesse Martiniquaise n'est pas dupe ! Nous sortons lentement, mais sûrement, du syndrome de l'esclavisé-colonisé. Tout seul, sans l'aide des " médecins-spécialistes " Quel parcours ! Bravo et Merci à Aurélie !

Voici la version Texte de la plaidoirie Tout commence durant un cours d'histoire Les élèves et leur professeur échangent avec ferveur, car le thème est passionnant, en effet, il s'agit de la mondialisation. Très vite s'élèvent pêle-mêle la découverte des Amériques, le commerce triangulaire et aussi naturellement la colonisation et la servitude.

Le débat s'enflamme et glisse inexorablement sur la vision d'une Afrique qui a avorté d'infinies possibilités du fait de la déportation des millions d'Africains qui sont nos ancêtres. Chacun y va alors de sa théorie ! " Finalement, la colonisation, ce n'est pas si intolérable que ça puisque maintenant on est civilisé ", ou encore " Ah non ! Je ne suis pas un Africain moi ! Je ne vis pas en brousse ! " Tous s'enfoncent dans le gouffre de l'ignorance historique, expliquant le manque de rigueur scientifique de leurs propos.
Et c'est au coeur de cette confusion générale que le temps s'est suspendu pour moi, car elle a dit : " Ah non, je ne suis pas noire ! Tas pas vu que ma peau est moins foncée que la tienne ? ! " Mesdames et messieurs, vous comprenez l'effroi qui me saisit devant une telle répulsion pour son être. Car il s'agit bien d'une jeune fille martiniquaise qui s'exprime ainsi. Se défend presque, comme agressée. Et pourquoi donc ? Parce qu'un de ses camarades, sans doute trop conscient de qui il est réellement, la qualifiée de " belle négresse ". Honte de ses origines. Honte d'être noire. Honte de descendre d'Africains. Complexe d'infériorité. Manipulation. Trouble identitaire. Aliénation de la réflexion. Assimilation à deux revers. Tel est pour moi l'écho des dires de cette adolescente. Tels sont pour moi les traumatismes dus au " silence des aïeux ". Le silence qui enfouit tout ! Qui ne guérit rien ! " D'abord celui de l'impossible parole des traumatisés ! Sauvagement déracinés, les déportés africains furent, dès

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